Nouvelle passée presque inaperçue la semaine passée, la société canadienne Research In Motion (RIM) a annoncé la mise en place de son nouveau produit : Blackberry Mobile Fusion.

Quel est cet outil ? Un système de gestion de terminaux mobiles avec choix des applicatifs, des options de sécurité, des certificats, des mode de connectivités, la gestion de plusieurs appareils pour un seul utilisateur (intéressant pour des couple smartphone/tablette), etc.

Mais le plus important est ailleurs : l’évolution importante tient dans le fait que BlackBerry fusion va gérer aussi bien toute la gamme des BlackBerry, mais également iOS & Android ! Ce qui peut paraître un simple détail est donc, à mon humble avis, l’annonce d’un tournant décisif chez cet acteur pionnier dans le monde la mobilité.

Petit historique. : Le premier BlackBerry est apparu en 1999, une sorte de pager. En 2003, le Blackberry tel qu’on le connaît arrive. Ce terminal offre de la téléphonie mobile, les sms, les e-mails avec la technologie « push » (les messages arrivent instantanément) et l’accès à l’internet mobile. A cette époque, il s’agit d’un véritable pionnier. Le seul acteur concurrent est Microsoft avec son service de messagerie Exchange lié aux terminaux embarquant Windows Mobile. L’iPhone n’existe pas encore, ni son concurrent principal Android.
Grace aux services Blackberry Enterprise Server qui permettent à une société de gérer facilement les messageries pro tournant sous Lotus Domino/Notes, Novell Groupwise et Microsoft Exchange, le blackberry est un magnifique succès de la première décennie du XXIème siècle. RIM annonce en juin 2010 46 millions d’utilisateurs.

Entre temps Steve Jobs a sorti son fameux iPhone et Google a créé son système Android, aujourd’hui principal concurrent de l’iOS d’Apple. La société RIM perd de plus en plus de parts de marché. Les évolutions récentes des Blackberry n’ont pas suffi à enrayer le déclin de ces appareils, le public les boude de plus en plus.

L’entreprise reste aujourd’hui la principale niche dans laquelle l’éco-système subsiste. Seulement voilà, de plus en plus de cadres veulent utiliser leur iPhone rutilant à la place de ce blackberry devenu moche et peu ergonomique.

Combien de fois ai-je reçu ce genre de coup de fil :

- Je me suis acheté un iPhone, merci de mettre ma messagerie dessus.
- Désolé monsieur ça n’est pas possible. Nous utilisons exclusivement le système Blackberry au sein de l’entreprise.
- Et pourquoi cela ? (sic)
- Il s’agit du choix technologique effectué par la société monsieur.
- Et j’en fais quoi alors de mon iPhone ? (re-sic)

Non, je n’ai jamais osé la réponse en trois lettres à laquelle vous pensiez peut être. J’avoue l’avoir pensée quelques fois… ;-)

Il est clair que la demande en entreprise est là, et se fait de plus en plus pressante avec la démocratisation des smartphones qui envoient petit à petit au cimetière le vieux téléphone GSM classique. Suite à une longue période de baisse de ses ventes, après une valse des dirigeants à la tête de RIM, s’annonce donc BlackBerry Mobile Fusion.

Sous la double pression des mauvais résultats financiers et d’une demande réelle de ces clients, le système Blackberry commence à s’ouvrir vers une plus grande interopérabilité.
Et pour moi c’est l’annonce d’une petite révolution. Si les solutions qu’offrent RIM à ses clients de déclinent sur les smartphones de ces concurrents, c’est un virage à 180° que prend l’entreprise canadienne : je vais enfin avoir ma messagerie pro sur un Samsung Note !

Mais quid de l’avenir de la division « physique » des smartphones et tablettes Blackberry ?

Ils vont continuer à vivre, je pense pouvoir rassurer sans trop de risques les amoureux de leurs smartphones à vrai clavier (oui d’accord il y en a aussi quelques uns chez Android). Mais petit à petit cela va décliner, devenir de plus en plus marginal chez RIM. Et un jour la division en question sera revendue à son fabricant chinois qui proposera le même produit, sous un autre nom.

Comment puis-je être aussi affirmatif ? Je n’ai rien d’un devin. Mais tout simplement, c’est déjà arrivé, chez IBM, LE pionnier de l’informatique, inventeur (entre autre bien sur) avec Microsoft du Personnal Computer que nous appelions IBM/PC.

Après une lente érosion de ses ventes dans le domaine et un recentrage de ses autres activités sur les gros systèmes serveurs et infrastructure (IBM est aujourd’hui toujours leader mondiale dans le domaine), en 2005 « Big Blue » a revendu sa division micro à Lenovo.

L’un des principaux pionnier en matière d’informatique personnelle laissa partir cette branche historique. Sans doute verront nous dans les 10 années à venir RIM faire de même avec leurs appareils, pour se concentrer sur les services qu’ils savent offrir aux gros consommateurs de mobilité, peu importe finalement la marque du smartphone que l’utilisateur final aura choisi de glisser dans sa poche.

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